Ceux qui ont souffert, l'éventualité de la souffrance les fait souffrir autant que la douleur même…

« - Tu les a jeté alors ?
- J’ai mal à la tête. J’ai des vertiges et ma vision devient floue par moment. Je n’arrive plus à manger, j’ai tout le temps envie de vomir et sacremment envie de me plonger dans le noir, le silence, la tortue- »Tortura » tu comprends ?
- Muerte… Si … ¿ Hablas español cuándo haces un destete?
- Hablo todas las lenguas del mundo cuando tengo pena…. La langue de l’âme, celle que plus personne ne souhaite entendre, celle que j’entends beaucoup trop depuis que j’ai arrêté mon traitement. Digo a propósito las lenguas del mundo y no la de la gente… Porque hay una diferencia enorme entre el lenguaje del alma y el otro lenguaje…
- Le tout c’est de trouver ceux qui parlent cette langue.
Je sais. « Soul Mates »
- C’est même pas aussi simple. Je crois avoir compris qu’il faut les trouver, mais qu’elles acceptent de t’accueillir, de te faire une petite place… Elles doivent te reconnaître. Je crois même qu’on peut gicler de l’intérieur quand on comprend qu’au fond, il peut se passer qu’elles se croisent, se comprennent, s’aiment peut-être … Peuvent vraiment s’aimer…
- … Mais au fond … Comme il existe plusieurs langues, plusieurs mondes, plusieurs niveaux de compréhension… Il existe la vie rêvée des fous et la vie rêvée des autres fous.
- Voilà, tu comprends ?
[...]
- Tu les a jeté parce que je te l’ai demandé ?
- … Parce que je suis conne je crois. La pire de toutes les connes du monde. Celle qui ne s’aime pas, ne se respecte pas, n’en a rien à foutre de sa santé, de sa vie, de son existence… Alors oui, je crois que je les ai jeté parce que tu me l’as demandé.
- Ouaips. T’es conne. Parce qu’en attendant, t’es là, seule, devant ton putain d’écran et que tu sais bien, tu le sais même très bien. C’est même ça qui te fait mal… Là. Que tu vas arrêter ces putains de médocs pendant un moment, le temps que je sois là, de temps en temps, à faire un coucou, chui pas loin … Tu viens ?
- …
- Et toi, tu vas tenter de rien dire, te taire, faire la silencieuse… Tu vas résister. Tu ne diras rien. Puis tu viendras …
- …
- Et là, tu le sais. Tu le sais même très bien.
- …
- Je te l’ai dis.
- …
- Je ne serai peut-être même plus là.
[...]
- Je me souviens d’une amie à qui j’avais dis « si je pouvais trouver un sens à mon suicide, du genre je meurs, toi tu vis, je le fais sans aucun soucis » Elle m’a regardé, a regardé où j’avais atteri. C’est grâce à elle que j’ai lu Antonin Artaud, que j’ai balancé à mon psy que je voulais me casser d’ici, que ma vie se passait ailleurs que dans un cocon blanc où des gens se font payer pour me faire croire qu’ils m’aiment. L’amour n’existe pas dans un centre psychiatrique. Il n’existe pas là-bas, ça c’est sûr …
- … Encore faut-il qu’il existe dans le monde, quelque part.
- … Et qu’on sache réellement ce que c’est ce mot « amour ».
[...]
- Laisse-moi te dire alors, ce que je pense de tout ça …
- Je le sais déjà … Je sais déjà tout ça ! L’amour est subjectif. Derrière chaque personne, il y a un amour. Il y a ceux qui placent « complicité » d’autres « aventure » puis les « sexual »… Moi j’ai pigé ce qu’il y a derrière mon propre « amour »… Et il ne doit pas rester sacrifice.
- Tu es paumé là, non ? Tu ne sais pas si tu dois rester… Où se placerait ton sacrifice… Partir avant moi … ?
-…
- Rester jusqu’à ce que je parte ?
-… Hablo todas las lenguas del mundo cuando tengo pena…. La langue de l’âme, celle que plus personne ne souhaite entendre… Ceux qui ont souffert, l’éventualité de la souffrance les fait souffrir autant que la douleur même…
- Tu crois qu’il doit y avoir obligatoirement l’un de nous deux qui doit souffrir du départ de l’autre ?
- Je pense que la question est surtout de savoir comment faire pour que l’autre souffre le moins …
[...]«




Je te lis de loin en loin depuis quelques temps, suivant tes revirements et tes égarements hautement médicalisés, automédicalisés et plus ou moins noyés dans l’alcool avec tout ça.
Je dois dire que ce que je lis ici fait souvent écho à des trucs que j’ai vécus ou que je vis encore. Et oui, notre problème c’est l’amour. Qu’on puise où on le trouve et qu’on épuise par nos doutes, nos questions existentielles, nos peurs d’être lâchées.
Et on a beau le savoir, ça ne nous empêche pas de recommencer, de passer par des périodes high, bourrées d’euphorie, de « ô comme ma vie est belle, comme tout le monde il est gentil, comme c’est chouette un arc-en-ciel », et d’autres bien low : « fuck everybody, j’frais bien mieux de crever, au moins, j’aurais plus mal, ni peur, ni froid, y’aurait plus de déceptions, les autres, tous des cons » et j’en passe.
Ne me reste qu’à te souhaiter bon courage, y’a pas de solutions (et la psychiatrie ne saurait t’être d’un grand secours pour ce que j’en ai lu …) Pour ma part, j’ai arrêté l’alcool et les relations amicales sur internet, miroir aux alouettes, et je rame, au sens propre à présent. Je dis pas que je suis guérie, loin de là, mais je me suis créé d’autres buts.
Et toi, quels buts poursuis-tu ? J’aimerais une réponse qui ne soit pas trop réfléchie…
Être fidèle à moi-même… Ce qui suppose savoir qui je suis …
Concrètement, cela serait me faire lire par d’autres … Jouée sur scène…
Arf, savoir qui on est…
J’crois qu’on se cherche, qu’on se poursuit toute sa vie (et parfois, j’ai peur qu’on ne trouve rien … )
Et reprendre les fondations c’est un boulot monstre. Mais moi je crois d’après ce que je lis, que c’est dans l’alternance des bas et hauts que tu es toi-même. Après, qui suis-je pour dire ça ?
Persévère… Tu finiras sans doute par trouver quelque chose, au bout du compte …
Oui, pour l’instant tout se joue dans l’alternance des hauts et des bas. C’est peut-être aussi en ce sens que je ne rêve que de stabilité …
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