The World is A Vampire
Je me demande si je ne suis pas folle parfois. Je ne suis jamais la même et pourtant je suis la même personne. Je crois que j’ai replongé dans le néant ces derniers temps. Je me souviens de mon prof d’anglais qui me prenait dans ses bras quand j’ai craqué un jour pendant que nous parlions des rapports humains. Effectivement, nous en étions arrivés à la conclusion qu’il ne fallait pas s’illusionner sur ce monde et surtout – surtout – sur les autres.
Quant à l’espérance… L’espérance … Ne croyez-vous pas qu’elle ne peut exister que grâce à l’illusion que quelque chose va – ou doit arriver ? Ne croyez-vous pas qu’il vaille mieux rester seule dans son coin et se méfier des autres, ces autres qui sont des succubes ?
Alors oui, pleurer, hurler, frapper je sais faire quand j’écris. Par contre je ne veux pas que l’on me voit être ainsi. Quant à rire … Oui je ris… Mais j’ai toujours cette angoisse de me demander si demain, je vais rire autant … Parce que mon problème se trouve exactement là : rien n’est stable dans la vie. Mes amis sont là, mais ils changent tous et je ne suis pas assez égocentrique pour juger s’ils changent en bien ou en mal. Alors, ces rires ? Ils seront là jusqu’à quand ?
Je suis paradoxalement timide. Extrêmement timide et c’est pour cela que je me sens plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral.
Je me définis avant tout, par la littérature. Proust a dit que la littérature, c’était la vie. Oui, car elle peint la vie humaine, la condition humaine. On ne devient jamais écrivain par hasard. Je ne sais si j’en serais un grand, mais je sais que la postérité littéraire est ce à quoi j’aspire et aspirerai encore; et bien sûr c’est un idéal, un rêve; bien sûr la postérité est trop élitiste, même pour mon orgueil démesuré. Mais c’est une illusion bienfaisante, qui me fait avancer, et quitte à être trop emphatique, qui me fait vivre. Car ce rêve, cette douce chaleur dont j’entretiens complaisamment le feu en moi, qui me rassure tant, auprès de laquelle je me réfugie si je frissonne, si j’ai froid; qui a engendré tant de prises de conscience, de réflexions sur le monde et de beauté ; ce rêve, c’est ce que j’ai de plus profond.
Il n’est pas toujours aisé de vouloir être authentique. Je m’inscris pourtant dans cette perspective. Le besoin d’authenticité m’est
essentiel et je fonctionne par lui. J’ai toujours été en quête de vérité, vérité de l’être ou du monde. Et ce qui me rend si tolérante lorsque d’autres blâment (même parfois à ma place), c’est que je sais qu’il n’y a jamais de vérité absolue, mais bien plutôt de multiples vérités qui se déclinent selon les types de vision du monde. Pourtant il serait naïf et idéaliste de prétendre qu’il n’y a aucune vérité qui ne soit, et de très loin, supérieure aux autres. Mais elle sera toujours contestée, même si ce n’est que par une minorité de gens, qu’on peut juger contestataires, ou mieux éclairés que la masse d’ignorants de la société humaine. La vérité alors est l’autel sur lesquels se sacrifient multitudes d’argumentaires destinés à la rendre ultime, incontestable, absolue.
Or je regarde tout absolu comme un idéal certes séduisant mais réducteur. J’ai pour principe une ouverture d’esprit qui, si a bien entendu ses faiblesses -tout le monde a certaines convictions plus marquées que d’autres et qui ne souffrent pas d’objections- n’a pas moins le mérite d’être importante. Je n’aime pas condamner. Peut-être parce que j’ai trop condamné l’année dernière, avec de grandes idées présomptueuses et élitistes au possible, hautaines, qui méprisaient et discréditaient intérieurement tout avis divergent, et que mon orgueil a souffert de quelques renvois de cette attitude, je ne condamne plus aujourd’hui. J’écoute silencieusement, et on me reproche mon silence. On s’ennuie et s’imagine que je n’ai jamais rien à dire. J’ai beaucoup à dire, mais je ne sais comment le dire. Et j’ai beaucoup à dire sur tout ce qui est un peu théorique, ce qui n’est pas le plus simple pour entamer une conversation.
Mes théories sont ce qui me définit le mieux, elles sont moi. Il m’est difficile et non naturel de vendre aux autres une image de moi qui passe par des futilités plaisantes, juste par conformisme. Je suis incapable de vendre un mensonge.
J’aimerais sortir de ce cycle dans lequel je me sens enfermée, littérairement parlant. J’ai l’impression d’écrire toujours les mêmes choses, de la même façon, avec le même style qui ne varie pas ou rarement, avec les mêmes procédés d’écriture et les mêmes métaphores reprises encore et encore, perpétuant sans innover. Je cherche un sujet innovant et novateur. Ce n’est pas facile, il est d’idée commune que tout a déjà été fait, et si cela est exact c’est bien désespérant… Je cherche un sujet intéréssant, un sujet original et intellectuel, un sujet important qui soit caractéristique de notre société actuelle. Je veux travailler et écrire au service de ma vérité, de ma vision du monde, je veux repeindre et critiquer le tableau gris et informe de la société. Je veux mettre en valeur ses débordements et ses paradoxes, accentuer ses difficultés et peut-être, ses espoirs. Je veux être le témoin écrit du monde actuel tel qu’il est vu et tel que je le vois. Projet ambitieux, n’est-ce pas? On poursuit tous un idéal, et on continue la course même en sachant la démesure entre le but et les moyens, parce que notre sensibilité personnelle demande et a une soif abyssale de cette démesure même. Je refuse d’abandonner cette démesure, j’ai pour principe de mener un combat acharné contre toute illusion néfaste, mais celle-ci ne l’est pas et n’est pas combattable.
Mais la question finalement douloureuse des moyens est difficile: quel sujet peut atteindre efficacement cet idéal, par quel biais intéréssant et possiblement original permettant la critique ce sujet est-il viable? Comment le mettre en oeuvre, par quelles grandes lignes, comment structurer le récit, comment encastrer les idées?
Le premier qui dit que le métier d’écrivain est facile, je le tue (non vraiment). Comme toujours, une petite concession: il est facile dans le sens où c’est un luxe d’oisiveté que de l’exercer (et pour la société, pas tellement productif – ben oui, ça fonctionne toujours sur le mode produire/consommer, et si le livre est aujourd’hui une véritable industrie comme une autre, ce sont les métiers de l’édition qui sont considérés productifs et pas tellement celui d’écrivain). Mais par combien de difficultés d’écriture ne faut-il pas passer! Un livre -modification: un VRAI BON livre LITTERAIRE- est une immense chose théorique et technique – un truc très complexe et qui d’ailleurs, reflète souvent la complexité humaine.
Mais je ne pense pas vous apprendre grand chose. Le livre a toujours été symbole de connaissance, de la Bible aux essais philosophiques et aux manuels d’écolier.





